Survivre aux parents toxiques

Partie 2 - La relation toxique

Partie 2. On ne les choisit pas, pourtant, ils posent les bases de notre identité. Entre héros et bourreaux, on passe sa vie à réparer notre relation à nos parents, ce lien étroit qui nous unis à eux, profond et intense.
Parents autoritaires. Complices. Irresponsables. Amis. Géniaux. Encourageants.
Parents toxiques.
Notre époque est si prompte à attribuer un tel qualificatif. Mais qu’en est-il vraiment ? Quand un parent bascule-t-il de sévère, irresponsable ou capricieux, à “toxique”, et comment se reconstruire après une relation parentale abusive ?

La relation aux parents est un vaste sujet, aussi, j’ai choisi de l’aborder en deux temps. 

1. Comment faire la paix avec mes parents est un article qui s’adresse à chacun. Pourquoi la relation aux parents est si complexe ? Comment la pacifier ? Je tenterai d’y répondre.

2. Parents-enfants, de héros à bourreaux évoque la parentalité toxique. Si cette minorité est croissante, l’adjectif “toxique” ne cesse pourtant d’être utilisé à tort. Qu’est-ce qu’une vraie relation toxique, et comment s’en libérer ? Ce sont les questions que j’explorerai dans cette seconde partie.

Parent toxique, relation toxique

Qu’est-ce qu’une relation toxique ?
Toxique. “Produit ou substance nocifs pour l’organisme”.
La toxicité s’identifie aisément lorsqu’elle se réfère à des entités matérielles ; facile de constater que tel produit est mauvais pour le corps. Mais lorsqu’on se réfère à des choses aussi abstraites qu’une personne ou qu’une relation, elle mérite d’être mieux définie.

Car disons-le : une personne qui nous blesse, et est donc nocive à un instant T, n’est pas pour autant toxique. Ce qui constitue la toxicité, c’est la banalisation de l’insécurité et des violences physiques ou psychologiques répétées ; là où la peur, l’inconfort et l’abus deviennent une norme, là est la toxicité.

Psychologie de la relation toxique 
La personne toxique (PT) est incapable de se responsabiliser et de se contrôler. Immature émotionnellement, incapable de se détacher des règles héritées dans l’enfance, elle culpabilise de ne pas parvenir à s’y conformer. Cette culpabilité et colère contre elle-même, la PT refuse de l’embrasser et se noie dans le déni, ce qui fait d’elle un individu en grande dualité intérieure.
Ainsi, puisqu’elle ne peut contenir ses pulsions, la PT les décharge sur l’autre, dont elle se sert comme exutoire à sa rage, ce qui lui permet d’apparaître structurellement calme en société. Dans cet autre qu’elle choisi, la PT projette la partie d’elle-même qu’elle méprise, mais pour laquelle elle refuse de se responsabiliser, et continue d’évoluer dans l’illusion d’être le bon enfant que l’on attendait qu’elle soit, vivant d’une morale absolue aux multiples bienfaits.
Un effet miroir, en somme : la personne toxique accuse l’autre de ses propres déviances.

Lorsqu’un tel individu devient parent, il fait alors de son enfant cet autre sur lequel il projette. Une perversion d’autant plus profonde qu’elle conjugue différent facteurs : la relation biaisée du toxique à ses propres parents, son manque d’unicité intérieure et sa projection sur un être qui est, à l’origine, littéralement dépendant de lui.

Les types de parents toxiques
Le parent toxique est polymorphe. Voici différents profils (liste non-exhaustive) qu’il peut revêtir.

Il voit dans son enfant une extension de sa propre personne, lui niant son individualité et son droit de vivre par lui-même. Mécanique de culpabilisation, tentative de posséder l’autre, dévalorisation, le toxique perfectionniste souhaite isoler son enfant afin d’en faire un être dépendant pour toujours. “Personne t’aimera jamais comme moi.” Il refuse que son enfant vive sa propre vie et aille dans le monde réaliser ses rêves.

Il se positionne toujours comme le concurrent de son enfant. C’est le cas, entre autres, des mères qui voient leurs filles comme des rivales, pouvant aller jusqu’à les embarrasser publiquement pour se démarquer. Le toxique compétitif est un parent peu affectueux, voire pas du tout.

Si certains parents toxiques surprotègent leur enfant et les rendent dépendants, certains leur témoignent une parfaite indifférence. Extrême froideur, désintéressés, ils sont généralement capricieux, égoistes et frustrés.
Il considère que son enfant n’est pas un individu libre, mais un être à son service. Ce profil est l’un des plus dangereux : le parent manipulateur déforme la réalité pour atteindre ses objectifs, et impose en norme une vision de la vie totalement mensongère à son enfant.
Il enferme son enfant dans ses propres désirs, vit ses propres rêves par procuration. Il limite son enfant à un parcours de vie spécifique et ne le considère que dans la mesure où il concrétises les aspirations que lui-même n’a pas pu assouvir.

Se libérer d'un parent toxique

Reconnaître la relation toxique
La relation toxique repose sur trois grands piliers :

Dans une éducation, il va de soi que le parent impose des règles à l’enfant ; toutefois, celles-ci doivent être établies en vu du bien de ce dernier. Il est naturel et souhaitable que le parent se fâche lorsque ces règles bienfaisantes sont enfreintes, car un enfant en croissance a besoin de limites pour son développement : elles sont sécurisantes. Mais le parent toxique établi des règles arbitraires et ne supporte pas que celles-ci soient enfreintes, quand bien même l’enfant aurait grandit et serait capable de discernement. Culpabilisation permanente, il fait peser sur l’enfant tous les maux (réels et imaginaires) qui perturbent son bien-être. Le parent toxique ne s’excuse jamais et vit dans le fantasme de sa propre perfection.
Le PT critique son enfant et se moque de lui. Il ne le félicite jamais ; rien n’est jamais assez bien. Violemment, il lui fait comprendre qu’il ne sera jamais à la hauteur, et n’hésite pas à le faire remarquer publiquement afin de le déstabiliser et d’appuyer une autorité parentale illusoire. Puisque l’enfant est considéré insuffisant, puéril et indigne de confiance, le PT lui impose toutes ses opinions, goûts, choix et envies. Envahissant à l’extrême, il viole son intimité sans la moindre gêne. Une fois l’enfant adulte, il continue de lui livrer ses “conseils” sur comment éduquer ses propres enfants.
Le parent toxique ne sait pas accueillir l’émotion de son enfant ; il lui nie sans cesse son droit de ressentir. Colère et tristesse sont sans cesse malvenues, même lorsque légitimes, de sorte que l’enfant refoule des émotions qui, un jour où l’autre, finissent par s’exprimer par des maux physiques, des difficultés sociales, ou une vie stagnante.

Le profil d’un enfant de parent toxique
L’enfant d’un parent toxique rencontre des difficultés dans sa vie intérieure et relationnelle. Rongé par une culpabilité injustifiée, il nourrit une très mauvaise image de lui-même. Manquant souvent de personnalité, timide, il témoigne de difficultés à exprimer ses sentiments et à embrasser sa personnalité dans toutes ses dimensions ; ses qualités, il ne les voit pas, ses défauts, il en a honte, tente de les cacher, mais ne voit que ça. Obsédé par l’idée de plaire à tout le monde, effrayé par les gens et leur jugement, il se sent responsable du bien-être des autres. Pour lui, l’amour est méritoire, et lui ne le mérite pas ; il évolue donc dans une logique de rachat perpétuel, où sa seule raison d’exister est de conquérir l’intérêt et l’affection de tous. L’enfant de parent toxique se punit en niant ses propres envies et en s’obligeant à faire un tas de choses qu’il n’aime pas. Perfectionniste, il complique tout inutilement, frustré par la certitude d’être incapable de satisfaire quiconque. Dans des cas plus rares où la toxicité était plus intense et violente, ces dimensions s’expriment avec une plus grande intensité, pouvant jusqu’à paralyser la vie de la “victime”.

Se libérer de la relation toxique
Voici trois clés pour se libérer de l’emprise de parents toxiques.

Oui, c’est possible, contrairement à ce qu’il laisse croire. Prendre ses distances physiquement, c’est prendre du recul spirituellement. De quoi booster sa confiance en soi. Il n’y a pas de regret à avoir ; on peut aimer quelqu’un sans pour autant le vouloir fréquemment dans notre vie. Se distancier de ceux qui nous font du mal est une affaire de protection et c’est essentiel à l’âge adulte, car ce n’est plus aux parents de nous protéger, mais à nous-mêmes de le faire …Et de ces mêmes parents, s’il le faut. De plus, prendre ses distances permet de découvrir l’ampleur de l’environnement toxique dans lequel on évoluait. On peut alors découvrir d’autres schémas que ceux que l’on a connus jusqu’alors, et ouvrir la porte à l’épanouissement. Devenir autonome Il faut mettre en place le nécessaire pour être autonome et éviter les situations où on est objectivement dépendant de son parent : autonomie financière, relations sociales stables, travail sur soi.
La personnalité d’un enfant de PT a souvent été niée ; il faut faire un travail de découverte de soi pour se réapproprier sa vie. Exprimer ses sentiments, même négatifs, choisir les personnes qui nous entourent, développer de relations saines, définir ses propres valeurs et les mettre en application, éveiller son esprit critique…
Quand on a été la victime d’un parent toxique, la plus grande aide que l’on puisse s’apporter est de cesser d’espérer qu’il ouvrira les yeux sur ses erreurs et contribuera à réparer la relation. Il faut accepter le réel, accepter qu’on ne puisse changer ce sur quoi nous n’avons pas de prise, c’est-à-dire l’autre ; conserver son énergie pour ce qui impacte réellement notre vie. Aussi, parce que grandir dans un tel contexte laisse de grandes blessures ; se faire aider d’un professionnel est primordial.

La reconstruction est possible ; la vie, c’est l’espoir. Il n’y a pas de fatalité. Nous ne naissons pas tous avec les mêmes chances, mais tous avons une volonté propre ; celle-ci est un moteur puissant qui permet de surpasser bien des difficultés. La relation avec les parents n’est jamais évidente et nous construit de bien des façons, mais de multiples perspectives existent à l’extérieur de la cellule parentale.
Comprendre. Accepter. Pardonner. Guérir. Avancer.

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