Interpréter ses rêves

Visite guidée de l'inconscient

Si dormir est une fonction naturelle chez les êtres vivants, chez certains (chez moi) c’est une passion. Parce que dormir, c’est bien ; personne ne nous ennuie, on ne travaille pas, on ne doit rien à personne. Nos sommeils sont ces petits moments magiques où notre vie n’appartient qu’à nous. D’ailleurs, le concept même du sommeil est fascinant ; être fatigué, fermer les yeux pour faire semblant de dormir jusqu’à dormir pour de vrai, ouvrir les yeux et se sentir mieux. Mais dans tout ça, quelque chose réussit à l’être encore plus ; j’ai nommé : les rêves ! La science ne les explique pas, alors ils pourraient être sans grand intérêt. Mais relégués à la psychologie, les rêves reprennent leur sens et se font l’écho d’un instinct, celui qui interroge sur la signification d’un cauchemar, sur le pourquoi d’un rêve récurrent et le comment d’un rêve prémonitoire.

Alors aujourd’hui, parlons-en : les rêves en long, en large et en travers, c’est ici !

Comprendre le rêve

Définition 

Le rêve, c’est l’inconscient qui vagabonde et fabrique des images pour entrer en contact avec la conscience. Il créé cette sorte de dialogue intérieur en ouvrant une fenêtre sur l’univers qu’on porte en nous, transmet des informations sur nous-même, notre personnalité, nos attentes. En étudiant nos rêves (onirologie), on les relie à notre vécu et on accède à nos désirs profonds.

Voilà ce que dit Freud, à quelques choses près.
Il est catégorique : nos rêves sont des mines d’or pour nous comprendre et évoluer.
Alors oui, je sais, aujourd’hui, noyés dans la psychologie de comptoir, on pourrait croire que les rêves sont un énième gadget. Mais ils sont ce que la pensée positive et la loi de l’attraction ne sont pas : une matière brute et innée pour polir notre intériorité.

Historique du rêve

Depuis que l’Homme est Homme, les rêves intriguent, et jamais, avant le Moyen-âge, nous n’avions douté qu’ils soient chargés de sens. Le langage symbolique était chose commune, on s’exprimait en métaphores ou en paraboles ; les mythologies de diverses civilisations et les religions abrahamiques témoignent de l’intérêt qu’ils ont toujours suscité.
Puis un jour, Descartes et Newton sont arrivés, leur rationalisme sous le bras, faisant perdre aux rêves leur crédibilité. S’y intéresser, c’était un truc de petite gens, d’ignares, d’obscurantistes. Non, les gens instruits ne croyaient pas aux rêves ; seuls les fous, les poètes et les fanatiques y voyaient des interprétations.
Puis Freud.
De son petit nom Sigmund, il a redécouvert le pouvoir des rêves grâce à une méthodologie simple : faire « chemin inverse ». Il s’est dit qu’en se promenant dans les rêves de ses patients, il comprendrait mieux leur réalité intérieure et pourrait ainsi leur apporter une aide efficace. C.G. Jung, son élève, a trouvé que c’était une bonne idée et a poussé le concept encore plus loin en faisant des rêves un réel outil de travail. Pour lui, chacun était unique, particulier, inédit, une vraie banque de données.

Aujourd’hui, si la science a beaucoup analysé le sommeil et les fonctionnalités neurologiques du rêve, la psychologie continue d’être la seule discipline qui permette de leur donner une raison d’être et de les interpréter.

Ce qu’en dit la science 

Tout d’abord, elle tord le cou à un mythe trop répondu : tous, absolument chacun de nous, nous rêvons. Elle définit le rêve comme un état conscient auto-stimulé que nous vivons coupés du monde extérieur. Ce rêve intervient dans deux phases de notre sommeil : d’abord en phase profonde (où il ressemble plus à une simple pensée qu’à un film), ensuite en sommeil paradoxal (où il a des sensations, des perceptions, et une vraie histoire avec une narration, des émotions, etc.) 

D’ailleurs, ce qu’il se passe en sommeil paradoxal est assez incroyable : nos sens ne transmettent pas d’information au cerveau, pourtant, il continue de former des images ailleurs. En gros, à ce moment du sommeil, le cerveau fonctionne en autarcie. Et rien à voir avec l’imagination qui implique un mouvement conscient de l’intelligence. Dans le rêve, pas volonté, pas d’effort de rappel des images : tout fonctionne sans intervention raisonnée.
Aussi – bon à savoir-, c’est notre lobe pré frontal (zone qui gère la cohérence des informations qu’on reçoit) qui dort pendant le sommeil paradoxal, ce qui veut dire que notre cerveau ne peut plus rien censurer, ni différencier le vrai du faux, le cohérent de l’insensé, ce qui explique pourquoi nos rêves ont souvent l’air si bêtes au réveil.

Les rêves interviennent en sommeil paradoxal, la phase la plus courte mais la plus active.

Mécanismes du rêve

Le sens des rêves

En matière de sens des rêves, différents courants s’opposent. Pour faire court, il y a, d’un côté, ceux qui pensent que le rêve n’est que la rencontre des souvenirs de notre journée et de notre mémoire. C’est le cas du Dr R.Parola, pour qui les rêves sont fabriqués dans la journée et forment une sorte de mosaïque constituée de bouts de souvenirs, ou du biologiste Y.Delage, pour qui ce sont des images du passé enregistrées, décomposées puis recomposées d’une autre façon.

Puis de l’autre, il y a les « Freudiens ». Pour eux, c’est simple : le rêve est un moment ou l’inconscient peut exprimer ses désirs, parfois honteux, ses frustrations, ses préoccupations, car il vagabonde sans censure. MAIS ! – car il y a toujours un mais – la conscience dort, seulement. Pour ne pas la réveiller en lui révélant des choses peu tolérables, l’inconscient est obligé d’adopter différents stratagèmes.

La construction du rêve selon Freud

Pour contourner la conscience, l’inconscient construit son rêve méthodiquement, pour déguiser le message qu’elle veut faire passer. À l’état brut, nos rêves ont une histoire, des bruits, des sensations. Les gens ont des visages, les lieux sont concrets. Tous ces éléments constituent le contenu manifeste : c’est de lui dont on se souvient quand on se réveille. Mais parfois, le scénario tel qu’il apparaît est confus, incohérent, loufoque. En réalité, c’est parce qu’il ne prend son sens qu’à la lumière du contenu latent. Le contenu latent, c’est précisément la vérité du rêve, toutes les pensées refoulées qui n’apparaissent que lorsqu’on gratte le vernis du manifeste.

Analyser ses rêves

La construction du scénario de nos rêves

Tout le travail de construction d’un rêve est de créer ce contenu manifeste à l’aide de symboles, d’images et d’éléments qui permettront quand même de décoder le message. Comprendre cette construction est donc important, puisqu’interpréter un rêve, c’est faire ce même travail, mais à l’envers.

La première étape créative est la transposition : le désir, le souhait intérieur, est transformé en image précise. Par un procédé appelé « figuration », l’inconscient crée une métaphore pour associer le désir à la relation qu’on entretien avec lui. Ensuite, vient l’étape de la condensation (ça se complique) : plusieurs éléments du message caché peuvent être rattachés à une seule image du contenu manifeste. Puisqu’une même image est polysémique, alors le contenu latent du rêve est toujours beaucoup plus riche et long que le scénario brut, tel qu’on le voit. Enfin, il y a le déplacement, que j’aime tout particulièrement, car je crois vraiment à sa force d’analyse, et je t’expliquerai pourquoi. Le déplacement, c’est quand toute la charge affective est portée sur un détail sans importance.

En résumé, ça donne :
1) L’inconscient transforme le désir/le souhait refoulé en une image bien précise (un objet, une personne, un lieu, etc).
2) Il créer ensuite une histoire métaphorique pour parler de la relation entretenue avec ce désir.
3) Il se sert d’un détail anodin pour transmettre un message important.

Comment interpréter son rêve ?

Tous les rêves ont un sens précis, il n’y a pas d’interprétation généraliste. Mon rêve est personnel, il dit quelque chose de moi en particulier, puisqu’il est l’expression de mon inconscient : c’est donc impossible d’en donner une interprétation réchauffée.
Plutôt que des explications toutes faites, je préfère apporter des clés pour permettre à chacun de décoder son propre rêve, car finalement, personne d’autre n’est plus apte à le faire.

Ton cerveau est programmé pour oublier ton rêve – ça te permet de faire la différence entre lui et la réalité donc ne tarde pas à l’écrire au risque qu’il ne s’échappe. Pose-toi, et de façon très brute, couche sur papier ce dont tu te souviens. Des détails te reviendront au fur et à mesure.

Est-ce lugubre, est-ce joyeux ? 
Quelle est l’atmosphère de ton rêve, quelle impression en gardes-tu ?

Chaque détail est important. Ce n’est pas par hasard si tu te souviens que cette tasse posée dans un coin était rose. Elle fait probablement partie des images que ton inconscient a employé comme symbole riche d’émotion. C’est précisément le concept de déplacement dont je parlais plus haut. 

Par élément fort, j’entends tout ce qu’il s’est passé et qui t’a marqué, qui t’a amené à vouloir décrypter ton rêve. Ça peut être l’action qui prend place, la présence d’un personnage, une sensation particulière. 

Ton rêve est fait de symboles ; à toi d’identifier ce que chaque image signifie pour toi. Par exemple : est-ce qu’un voyage est synonyme d’évasion ou de repos ? Est-ce qu’une table symbolise la convivialité (=repas) ? 

Si tu as des problèmes au travail ou si tu es au chômage, si tu viens de te séparer de quelqu’un ou si, au contraire, tu viens de le rencontrer, bref, écris tout ce qui fait ta journée et peu resurgir la nuit. 

Les archétypes

La mort, l’argent, les maisons et la nudité publique sont les rêves les plus courants.

Si les sites internet qui apportent des interprétations toutes faites aux rêves sont (souvent) dans la superficialité, il est vrai que certains symboles sont ancrés en nous : on appelle ça « les archétypes ». Ils sont systématiquement choisis par notre inconscient lors du processus de transposition. Toutefois, ces symboles peuvent raisonner différemment en chacun de nous suivant l’expérience que l’on en a fait.


1. La mort

La mort est le symbole qu’on attribue généralement à notre relation à nous-même et aux autres.
Pourquoi ? Car la mort a une charge émotionnelle et affective importante dont l’égal est notre propre existence et notre lien aux autres. Rêver de la mort peut évoquer une séparation brutale, une fin violente, mais elle peut également être l’image d’une fin suivie d’un meilleur commencement.

2. L’argent
L’argent représente à la fois la confiance en soi et l’énergie sexuelle.
Pourquoi ? Car dans notre culture populaire, l’argent est synonyme de pouvoir, le pouvoir est synonyme de sexualité, CQFD. Rêver d’argent peut être révélateur d’une tentation, de jalousie, d’ambition ; à définir selon le contexte.

3. La maison/appartement
La maison représente généralement notre intériorité. Notre maison, c’est nous.
Pourquoi ? Car la maison est l’endroit de l’intimité ; c’est là où l’on range nos affaires, où on agit en secret, où l’on est nous-mêmes, où l’on se sent protégés. Rêver d’une maison donne des indications sur notre état intérieur ; à définir selon les particularités (en désordre, grande, petite, etc.)

4. La nudité publique
Les vêtements représentent l’image qu’on aimerait renvoyer. Au contraire, être nu en public c’est être vulnérable.
Pourquoi ? Parce qu’être nu, c’est être soi sans contrôle de l’image qu’on véhicule. Rêver d’être nu en public, c’est se sentir un peu imposteur, et avoir peur que cette imposture ne soit découverte.

Rêves prémonitoires, rêves lucides

Les types de rêve

Si tous tes rêves ont un sens, ils peuvent aussi avoir des particularités. Voici une liste des plus fréquentes.

1) Les rêves prémonitoires
Plus commun qu’on ne le pense. Sont-ils surnaturels ? Peut-être. Ils ont toutefois une explication rationnelle. Réveillés, notre cerveau stock des informations. Endormis, notre inconscient joue avec ces données et créer des scénarios plausibles, scénarios qui se répètent ensuite dans la « vraie » vie. Car n’oublions pas : un rêve ne devient prémonitoire que lorsque l’action se réalise dans le monde réel. Avant ça, c’est un rêve comme un autre, tout simplement.

2) Les rêves récurrents
Ce sont des rêves fréquents, souvent négatifs, atmosphère angoissante. Le fond reste toujours le même, la forme peut un peu changer, ou pas. Ils mettent l’accent sur une problématique ; ils révèlent qu’on est préoccupés par quelque chose qui doit être résolu.

3) Le cauchemar
Ces mauvais rêves dévoilent nos peurs inconscientes. Ce qui les rend si désagréables, c’est qu’ils libèrent une grande puissance énergétique.

4) Le rêve physiologique
Le rêve physiologique est important pour nous aider à décrypter nos rêves en général.
Ce sont des rêves en rapport direct avec un besoin physiologique qui se manifeste pendant notre sommeil ; par exemple, rêver d’aller aux toilettes et avoir vraiment envie d’y aller pendant son sommeil. Les images choisies pour exprimer ces besoins révèlent les associations émotionnelles et psychologiques qu’on a l’habitude de faire et constituent une base importante d’analyse.

Le rêve lucide

Je consacre un vrai paragraphe au rêve lucide car il me fascine : il s’agit d’un rêve où l’on a conscience qu’on rêve, et où on peut, de ce fait, manipuler ce qu’il s’y passe. Ces rêves sont particulièrement réalistes, riches en émotions et en sensations. Le rêveur est capable de raisonner, de prendre des décisions et en garde souvent un souvenir précis au réveil. Des chercheurs ont eu l’idée de vérifier s’il s’agissait bien d’un rêve et, si oui, pendant quelle période de sommeil il avait lieu. Alors ils ont fait une expérience : ils ont demandé à des rêveurs lucides de leur faire signe avec leurs yeux (mouvements oculaires de haut en bas) pendant leur sommeil au moment même où ils auraient conscience de rêver. Résultat : non seulement les rêveurs lucides se sont bien souvenus qu’ils devaient faire signe aux chercheurs, mais en plus, ils ont exécuté à la perfection le signe qu’ils avaient convenu.
Très, très cool.

Alors voilà, je pense avoir fait le tour. Je sais, je sais : j’avais annoncé les rêves « en long, en large, et en travers »…Mais pas en profondeur.

À vrai dire, le sujet est trop vaste pour être traité de manière si générale. J’y reviendrais souvent, surtout qu’il existe une infinité de questions et de manières de traiter le sujet.
Frustrant de s’arrêter là pour aujourd’hui ? Un peu. Nos rêves nous font rêver, a-t-on jamais fini d’en parler ?

Mais je tenais tout de même à entrer en matière en transmettant de bonnes clés, histoire de démêler le vrai du faux dans ce trop-plein d’informations qu’on trouve sur le web ou dans les bouquins.
Alors en attendant les prochains articles (oui, je vais oser…), faites de beaux rêves !

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